Léon le sanguin
La Russie avait son Terrible Ivan, le royaume de France son colérique Louis X et le septième art sa fripouille Jacquouille…A travers l’ami Léon, Reims rivalisera désormais parmi ces grands noms de l’Histoire. A cinquante-neuf ans, rien ne prédestinait pourtant ce viticulteur à pareil sobriquet jusqu’à ce 5 avril dernier. Une sale journée qui lui vaut aujourd’hui de comparaitre devant le tribunal pour violences aggravées, outrage à agent et rébellion. Imaginez des gendarmes en mission, installant leur radar au bord d’une route à deux pas de la ville. Les militaires sont détendus, le soleil brille, les oiseaux chantent, et rien ne semble pouvoir troubler la quiétude de l’instant. Mais voilà que du virage débouche Léon. A la vue des gendarmes, l’individu stoppe son véhicule, accourt vers eux et se met à les frapper tout en les insultant : « Salauds, vous n’avez que ça à foutre d’emmerder les gens, on vous voit jamais en banlieue par contre ! ». Des propos injurieux qui s’expliquent d’autant moins que Léon n’était à ce moment-là l’objet d’aucun contrôle. Un détail qui intrigue le président, très en forme à l’audience : « Vous aviez bu ? Vu votre profession, j’espère au moins que c’était du champagne ! Combien de bouteilles au total ? ». Surpris du ton ironique du magistrat, Léon semble pris de court dans ses réponses : « euh, je ne sais plus vraiment ce qu’il s’est passé pour tout vous dire » balbutie-t-il timidement. Ce à quoi rétorque instantanément le président : « je vais vous le dire moi. Vous avez eu un coup de folie. En voyant les gendarmes vous vous êtes rué sur eux et avait fait tomber la casquette d’un officier par provocation. C’est étrange car d’habitude, les viticulteurs aiment bien les gendarmes, surtout quand ils viennent surveiller leur propriété ». Le juge est décidément bien en verve et son humour corrosif est intact. L’assistance s’est au demeurant tue après cette cinglante réplique. Les plus hermétiques aux sarcasmes grincent des dents, les autres s’en donnent à cœur joie, et qu’importent les réquisitions du procureur et la plaidoirie de l’avocat de la Défense, seules les remarques du Président paraissent rester dans les mémoires. Le tribunal suivra-t-il la conviction du magistrat ? Le jugement a été mis en délibéré.
A.H.


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