vendredi 17 avril 2009

ça s'est passé au tribunal correctionnel

Une soirée de chien

Il est des jours où il aurait mieux fallu rester chez soi, refaisant le monde dans son salon en sirotant un coca ou un gin avec glaçons. Evidemment, s’il avait su ce qui l’attendait, il est certain que Denis ne serait pas sorti ce 25 janvier dernier. Une soirée avec sa sœur chez un ami, histoire d’oublier quelques heures la récente rupture d’avec sa dulcinée. La soirée s’écoule doucement quand, vers 3h15, notre homme décide d’aller chercher dans sa voiture, ses cigarettes oubliées. C’est le moment choisi par les forces de l’ordre pour l’interpeller. « Une grosse erreur, une grave injustice, je n’avais rien fait moi ! » s’exclame-t-il à la barre. Pour la police, la version est toute autre. Deux gardiens de la paix déclarent avoir vu la voiture de Denis foncer à toute allure devant eux et avoir interpellé le conducteur dès sa sortie du véhicule. Voilà pourquoi le prévenu est convoqué aujourd’hui au tribunal pour conduite en état alcoolique, défaut de maîtrise du véhicule et port d’armes de 6e catégorie. « C’étaient des couteaux que ma sœur et mon frère m’avait offert pour la cuisine » prétexte-t-il à la Présidente. Face au scepticisme de la Cour et à la conviction de culpabilité du procureur, Denis, vraisemblablement perdu et découragé, renonce à raconter une nouvelle fois sa version des faits, préférant s’en remettre à son avocat. Un juriste sur qui échoit donc la lourde tâche d’obtenir la relaxe de son client et insuffler si possible, un brin d’humour dans cette morne audience. Un défi que relève parfaitement l’avocat, notamment avec son dernier argument de défense : « Mme la Présidente, mon client n’a pas pu conduire cette nuit-là comme le soutiennent les policiers. Comment expliquez-vous alors qu’il ait laissé toutes ses affaires chez son ami, et même son chien Chewbacca, son chien qu’il aime tant et dont il ne se sépare jamais. Je vous ai d’ailleurs apporté l’album photos de mon client et Chewbacca pour vous prouver son attachement. Ah si Chewbacca n’était pas un chien, lui le premier vous aurez confirmé la version de mon client ». Le public éclate de rire, des avocats lui emboitant le pas, la plaidoirie du juriste fait mouche car même la Présidente et ses assesseurs trahissent un large sourire à la vue des photos de Denis et son cabot. L’avocat a cependant réussi son coup : le scepticisme de la Cour semble désormais avoir laissé place à de profonds doutes, le tribunal ayant finalement mis sa décision en délibéré début avril.

A.H.

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