
Tout de bleu marine vêtus, uniforme officiel des policiers du Kentucky, Hervé Richez et Olivier Saive sont venus défendre le gallinacé au beau milieu de la Fnac de Reims. Devant un public rémois au premier abord quelque peu surpris, les deux auteurs ont dépoussiéré l’image de la traditionnelle séance de dédicaces et ont mis, au passage, du plomb dans d’aile de leurs détracteurs.
Les Poulets du Kentucky, ou le portrait d’une Amérique conservatrice profonde, tiraillée entre l’instinct de préservation rurale et le mouvement inévitable de l’industrie de masse, pourtant déjà obsolète dans le reste du pays. A travers les yeux de Pepper, nouvelle recrue benêt, plutôt gauche et parachuté, s’exprime toute la naïve maladresse d’un officier de police perdu entre ses à-priori martelés depuis l’enfance, et la réalité basique de sa profession. Divisé entre de féroces sentiments de suffisance et de confiance en soi, et le contact direct voire cru avec un monde dont son enfance dorée l’a toujours protégé. A ses côtés, Miranda Garcia, honnête gardien de la paix d’origine latine, en proie sans cesse à l’exemplaire intégrité dont elle se veut la garante de par sa profession, et son irascible famille dont la moitié croupit pour de longues saisons encore au fond des geôles.
Néanmoins ne vous y trompez pas, car malgré ce précédent paragraphe pouvant semer le doute sur la nature même de l’ouvrage (roman, fiction, analyse géopolitique des Etats-Unis, annales du Kentucky etc.), Les Poulets du Kentucky demeurent bel et bien une bande-dessinée au sens le plus épuré du thème. Gags, humour, boutades, bourdes, situations cocasses, comique, ironie, dès les premières pages feuilletées l’immanquable rictus nous apparait au coin des lèvres. Brillamment illustrés de la plume d’Olivier Saive, les scénarios d’Hervé Richez font mouche à chaque page. Précises et ciselées, ces mini-histoires transportent le lecteur au pays du burger et des Cadillac, où l’Oncle Sam lui-même aurait été gérant d’un abattoir de volailles. Sans se confondre avec leurs personnages, Saive et Richez n’ont cependant pas raté l’occasion de s’immiscer pour nous dans la peau de Pepper et Garcia.

D’où est partie cette idée d’une tranche de vie policière au Kentucky ?
Hervé Richez : L’idée a germé en juillet 2006, on voulait faire une série avec des flics un peu borderline. Il fallait qu’on voit qu’il s’agissait d’une comédie, c’est pour ça entre autre qu’Olivier a rajouté des poulets sauvages sur presque toutes les scènes extérieures.
Olivier Saive : Au Kentucky, c’est le côté particulier de l’état, un peu réactionnaire même qui nous a plu. Contrairement à ce qu’on pourrait croire dans la BD, il n’y a pas plus de kidnapping là-bas que dans le reste des Etats-Unis.
Parlez nous davantage des deux personnages principaux, Garcia et Pepper…
H.R : Pepper c’est l’archétype du fils à papa, grand roux, tout couvé, le garçon de bonne famille absolument pas préparé à travailler dans la police. Garcia est son opposé. Ses frères sont tous en prison et sa mère organise des parties clandestines de poker, ce qui met à rude épreuve sa conscience de flic. Il y a d’ailleurs un clin d’œil dans son propre prénom : Miranda. Aux USA, le "Miranda’s Warning" est la célèbre formule se traduisant par « Au nom de la loi je vous arrête, tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous ».
Un tome 2 est déjà prévu pour janvier 2010, parlerez-y vous plus de l’histoire de Garcia et Pepper ?
O.S : La dernière planche du premier tome va justement dans ce sens. Dans le 2, on traitera effectivement plus de leur histoire personnelle, leur parcours, leur famille. Même si le père de Garcia (Dark Vador ndlr) restera une sorte de fil rouge dans la série, le père de Pepper (le gouverneur) sera lui largement mis en avant.

A.H.