
Il devait y avoir quelque chose dans l’air…
Au tribunal correctionnel cet après-midi là, les sourires pleuvent autant que les condamnations. Deux raisons possibles à ce paradoxe : le grand soleil extérieur et surtout les abracadabrantesques affaires jugées à l’audience. Nous en retiendrons exceptionnellement deux tant la séance fut riche et délicieusement cocasse.
La première histoire met en scène Rachid et Joseph, à peine âgés de vingt-ans. Leur faute : avoir commis des violences sur le vigile du supermarché du coin. Pourquoi donc prendre à parti cette valeureuse sentinelle ? « On lui a demandé s’il nous dénoncerait au cas où on volerait quelque chose dans le magasin et il a dit que oui, c’est vraiment pas sympa ! » explique Rachid. Pas cool en effet…Dire que les deux compères voulaient juste voler des biscuits pour le goûter, le monde est cruel. Amusé, le président se montre taquin : « évidemment je lis que vous niez les faits…Vous êtes juste de bons et honnêtes clients du magasin qui payent tous leurs achats en caisse c’est ça ? ». « Tout à fait monsieur ! » répliquent en chœur les deux comparses, avant de laisser le président poursuivre : « et vous allez me dire que c’est une erreur si vous êtes renvoyés aujourd’hui devant ce tribunal, encore la faute à la société sans doute ? ». C’est l’hilarité générale dans la salle, à tel point que les magistrats eux-mêmes rient franchement. Une décontraction affichée qui redouble lorsque se présente à la barre Thierry. Déjà condamné onze fois, ce quadragénaire se voit reprocher le vol d’une sacoche contenant près de 90€. « C’était mon anniversaire, j’avais pas d’argent mais je voulais m’faire un p’tit cadeau quand même ». Quoi de plus normal ?! Le récit s’intensifie lorsqu’Eric, la victime, affirme que Thierry ne cherchait pas simplement qu’à le voler, mais voulait en outre lui faire des avances. « Quels types d’avances ? » s’interroge le président ; « je vous laisse deviner » répond solennellement Eric. Ce à quoi le magistrat répliquera, le sourire au coin des lèvres : « vous savez, je n’ai aucune imagination, encore moins dans ce domaine ». Et c’est ainsi qu’en moins de trois minutes, Thierry est passé malgré lui de petit voleur à la tire à homosexuel refoulé.La place me manque, mais c’est avec délectation que je vous aurais aussi parlé de Sébastien, jeune incendiaire de 27 ans ayant saccagé un salon de coiffure dans l’unique espoir d’y voler une tondeuse à cheveux. Ô cultissime correctionnelle, puisses-tu être toujours aussi généreuse en affaires incongrues !
A.H.